Socio-Ecosystèmes

Socio-écosystèmes

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Coordination : Marylise Cottet (CNRS), Mathieu Fressard (CNRS), Christine Jacqueminet (UJM)

Contexte et objectifs de recherche

Les systèmes socio-écologiques sont vus ici comme des systèmes complexes impliquant des composantes biophysiques (écologie, hydrologie, etc.) et des composantes sociétales (économie, politiques publiques, institutions, etc.) en interaction constante. Le point de vue adopté dans l’atelier« socio-écosystèmes » est de considérer qu’il n’est plus question aujourd’hui de restaurer des systèmes naturels ou de conserver des systèmes dénués de l’empreinte des sociétés. Les recherches menées dans l’atelier actent le fait que les milieux anthropisés résultent de la co-évolution entre les sociétés et les écosystèmes ainsi que des représentations sociales qui génèrent, jour après jour, des projets de société en (re)construction permanente. Ces projets ne peuvent être pensés en déconnexion avec les conditions écologiques des territoires. Des arbitrages doivent être réalisés entre les enjeux de développement et les enjeux de préservation des écosystèmes et des services qu’ils génèrent.

Ainsi, émergent de nombreux enjeux scientifiques pour coupler les approches dites sociales et physiques de l’environnement et développer des recherches croisées au travers d’objets d’étude communs. Ces enjeux sont de nature diverse. Sur le plan théorique, il s’agit de s’appuyer sur certains concepts d’interface susceptibles de décloisonner les processus physiques et sociaux (e.g. services écosystémiques, risques et adaptation…). Sur le plan méthodologique, il s’agit de développer des approches susceptibles de considérer de manière intégrée les interactions entre les différentes composantes des socio-écosystèmes, mais aussi de prendre en compte les différentes échelles de temps et d’espace impliquées dans leurs dynamiques. Les interactions qui régissent les socio-écosystèmes peuvent en effet s’observer à différentes échelles de temps : des échelles intra décennales à pluri millénaires, mettant en exergue le poids des héritages, des ruptures et des seuils dans l’évolution des systèmes. De même, l’étude des socio-écosystèmes ne peut se faire sans le développement d’approches multiscalaires, du global au local, en raison des multiples effets de couplage, d’échelle, d’émergence et de frontière inhérents à l’étude de ces systèmes complexes.

Ce travail de recherche intervient dans un contexte de demande sociétale forte face aux changements globaux en cours (climatique, biodiversité, pratiques, etc.). Au-delà des recherches fondamentales qui nourrissent les connaissances et alimentent les réflexions sur les processus socio-écosystémiques et leurs déterminants, ils impliquent donc aussi le développement de recherches en prise directe avec les acteurs et actants du territoire, se basant à la fois sur des approches rétrospectives (identifier et caractériser les dynamiques de coévolution des systèmes écologiques et sociaux) et prospectives (estimer les évolutions et conséquences futures des changements).

Ce postulat conduit à mener des recherches dynamiques sur les trois thématiques suivantes, en émergence forte pour le prochain quinquennal.

  1. Hydrosystèmes anthropisés (eau)

Les enjeux de préservation et de restauration de la fonctionnalité écologique des hydrosystèmes anthropisés et des services variés qu’ils génèrent (e.g. alimentation en eau potable, protection contre les inondations ou identité territoriale et lien social) seront au cœur des préoccupations des chercheurs investis dans l’atelier au cours du prochain quinquennal. Il s’agira d’une part de déterminer les conditions de cette fonctionnalité écologique, en s’intéressant au processus hydro-morphologiques et écologiques des systèmes fluviaux et de leurs bassins versants, à leur gouvernance et aux usages, aux représentations et aux valeurs des acteurs et actants liés à ces systèmes. Il s’agira d’autre part d’assurer un suivi scientifique des politiques publiques visant à préserver ou restaurer les hydrosystèmes pour en évaluer l’efficacité et identifier d’éventuels leviers d’amélioration. Le changement global structurera les réflexions et amènera à considérer fortement les risques liés aux extrêmes hydriques et les enjeux d’adaptation pour les sociétés riveraines.

  1. Qualité de l’air et changements climatiques (air)

Les enjeux liés à la qualité de l’air en territoires urbains seront un axe structurant de la recherche au sein de l’atelier au cours du prochain quinquennal. Les villes soulèvent actuellement des défis importants pour la qualité de vie des citadins tels que la lutte contre les îlots de chaleur ou contre la pollution de l’air. Cela est d’autant plus important dans le contexte actuel du changement climatique. Une attention spécifique sera portée d’une part sur la caractérisation des manifestations concrètes de ce changement et sur les impacts qu’ils occasionnent sur les territoires urbains. Elle s’intéressera d’autre part aux stratégies de résilience imaginées par les acteurs et actants de ces territoires, pour en déterminer les facteurs d’échecs et de succès (modalités de la gouvernance, capacités et représentations des acteurs…). Les recherches menées au sein de cette thématique amènent ainsi à une interaction forte avec l’atelier « santé et société » de l’UMR.

  1. Occupation, usage et gestion des sols (sol)

Les enjeux liés à la gestion optimisée de l’occupation et des usages des sols, à la préservation/amélioration de la ressource et à la maitrise des risques associés (érosion, coulées de boue, mouvements de terrain, pollutions diverses) constitue le troisième axe prioritaire de l’atelier. Le sol est vu ici comme une ressource remplissant un rôle central au sein du socio-écosystème (ressource de biodiversité, support de l’activité agricole, installations urbaines, etc.) et prenant une place de plus en plus importante à la fois dans les débats scientifiques et dans la sphère publique. Il s’agira d’aborder en premier lieu les sols dans leur dimension support de la biomasse, de l’activité agricole et réserve de biodiversité à partir de laquelle  émergent des problématiques liées à la préservation des écosystèmes (réservoirs et corridors). D’autre part, l’identification de solutions pour la préservation/restauration de la ressource sont également abordes : dépollution des sols, phytoremédiation et processus géochimiques. Enfin, une autre dimension des sols est associée à leurs multiples fonctionnalités et aux grands enjeux d’aménagement qui pèsent sur eux, dans un contexte de changement global, de limitation des ressources et de réutilisation contrainte des territoires. Ces enjeux amènent à reconsidérer ces ressources de sol et de biodiversité à travers leurs potentialités actuelles, les nouvelles pratiques, pour répondre à des problématiques d’inventaires de qualité de ces ressources et d’indicateurs dans le cadre de l’approche écosystémique.

Bien sûr, ces différents systèmes ne fonctionnent pas en vase clos et des porosités importantes existent, qui feront l’objet de recherches au sein de l’atelier. Par exemple, une attention particulière sera portée aux transferts de contaminants des sols pollués vers les réseaux hydrographiques ; d’autres travaux seront menés sur l’impact du réchauffement de l’air sur les risques liés à l’asséchement des cours d’eau.

Compétences de l’atelier et ressources

Les recherches menées au sein de l’atelier s’appuient sur nombreuses compétences thématiques déployées en interaction entre disciplines et sur une production importante de données primaires issues du terrain (métrologie, enquêtes, expérimentation, drones, etc.). En ce sens, le soutien technique de la plateforme OMEAA constitue un maillon essentiel de la chaîne de traitement des recherches de l’atelier. De même, la mobilisation d’outils techniques issus de la géomatique, de la télédétection et de la modélisation amènent à une forte interaction avec l’atelier « géomatique » et la plateforme ISIG.

L’atelier socio-écosystèmes bénéficiera par ailleurs de toute l’antériorité des recherches de pointe développées sur le site lyonnais sur les problématiques liées à l’eau et à la ville qui ont conduit à l’émergence de réseaux et de structures institutionnelles dynamiques (Zone Atelier Bassin du Rhône, labex DRIIHM, EUR H20, Labex IMU, l’institut convergence « Lyon Urban School »…) et à la bancarisation de données riches et diversifiées (géocatalogues ELVIS, metaZABR…).

Les recherches menées dans le cadre de l’atelier s’adossent souvent à des enjeux de société pour lequel il existe un intérêt voire une sollicitation des acteurs territoriaux. Les chercheurs impliqués dans l’atelier pourront tirer parti des liens anciens tissés avec ces acteurs territoriaux, publics ou privés, de manière plus ou moins formelle selon les cas (Grand Lyon, EDF, CNR, Veolia, Agence de l’eau RMC, Région AURA…). Les réseaux cités précédemment (e.g. ZABR, IMU) rendent compte d’une tradition de collaboration à l’interface de la science et de la gestion.