On s’enfriche à Saint-Etienne!

Penser la ville face aux enjeux environnementaux

C’est l’objectif de la journée organisée à Saint-Etienne jeudi 30 mai 2024 par EVS dans le cadre de la semaine Ecologie Environnement Biodiversité du CNRS “Comprendre les socio-écosystèmes pour agir”.

Jacques Fayolle, le directeur de l’Ecole des Mines de Saint-Etienne, a vu dans l’accueil de cette journée le symbole de sa volonté d’engager l’école dans une dynamique intégrant les impacts environnementaux et sociétaux en lien avec l’industrie et l’ingénierie de la santé. Des enjeux particulièrement prégnants dans les socio-écosystèmes urbains alors qu’au niveau mondial, un humain sur deux habite en ville aujourd’hui. C’est pourquoi Gilles Pinay, Directeur adjoint scientifique de CNRS Écologie & Environnement et hydroécologue à EVS, a souligné la nécessité pour les villes d’être “des exemples d’innovation pour l’adaptation face aux enjeux environnementaux”. Seule une approche interdisciplinaire peut appréhender la complexité et les interdépendances de ces territoires.

La ville comme un biome

Au programme du matin, on a commencé dans le Beaujolais, un territoire agricole sous l’emprise de la périurbanisation : Etienne Cossart, directeur de l’UMR 5600 EVS, a ainsi présenté la thèse de Jessica Pic qui a mis en évidence comment la déprise agricole a modifié l’organisation paysagère du territoire et a entraîné l’abandon de petites infrastructures destinées à lutter contre l’écoulement des eaux et l’érosion des sols, ce qui contribue à expliquer la présence de polluants dans les cours d’eau.

Ensuite, cap sur les plaines alluviales avec Barbara Belletti (UMR 5600 EVS) qui a présenté le projet GloUrb : en effet la moitié des agglomérations dans le monde se situent dans des plaines alluviales qui n’occupent que 3% de la surface du globe. Des années 1980 à nos jours, GloUrb analyse l’urbanisation et le fonctionnement de ces milieux qui soutiennent une grande partie de la vie pour promouvoir une gestion plus efficace et durable.

Avec Benoît Boachon (UMR 5079 LBVpam), nous avons alors plongé au cœur d’une plante qu’on trouve fréquemment sur les balcons en ville : le pétunia, dont les composés organiques volatils servent à émettre des signaux pour se défendre, se reproduire ou encore pour promouvoir le développement des organes reproducteurs.

Toujours du côté des plantes, Marylise Cottet (UMR 5600 EVS) a comparé les perceptions du génie civil avec celles du génie végétal en matière de restauration des cours d’eau afin de comprendre pourquoi les solutions fondées sur la nature sont très peu utilisées en ville alors même qu’elles ont prouvé leur efficacité.

Enfin, Hélène Mathian (UMR 5600 EVS) a présenté les applications réalisées par les étudiant·es du Master Géographies Numériques (Université Lumière Lyon 2 et Université Jean Monnet de Saint-Etienne) pour accompagner les comportements et décisions en contexte de changement environnemental.

De la théorie à la pratique

Après une pause déjeuner au Guizay où nous avons pu contempler la ville depuis le belvédère, les collègues de l’Ecole des Mines nous ont emmené·es sur le terrain, direction la friche Neyron. C’est un site multicontaminé, riche d’une histoire ouvrière et industrielle, qui fait l’objet d’un projet de réaménagement urbain par l’Etablissement Public d’Aménagement de Saint-Etienne (EPASE).

Corinne Philibert (EPASE) nous a présenté la concertation en cours pour réhabiliter la friche. Elle travaille en collaboration avec des collègues de l’équipe EVS de l’Ecole des Mines – Olivier Faure, Frédéric Paran, Steve Peuble, Rachel Seillier, Frédéric Gallice et Marceau Lhospital – pour caractériser la pollution héritée de l’histoire industrielle du site et mettre en œuvre des techniques de dépollution. Nous avons ainsi terminé la journée les mains dans la terre afin de prélever des échantillons de sol qui sont ensuite analysés grâce à un fluorimètre portable.

Il reste à évaluer le transfert des polluants dans des fruits et légumes cultivés sur le site. D’ores et déjà, l’EPASE a validé la transformation de la friche Neyron en un parc public qui contribuera à lutter contre les îlots de chaleur urbains et participera au bien-être des habitant·es du quartier.