Soutenance de thèse – Fabrication des bidonvilles dans les pays du Sud : jeux d’acteurs et modalité d’habiter, par N. Prince

Canaan, 2018 ©N.Prince

Mercredi 30 juin 2021, INSA Lyon, à partir de 15h (en distanciel)

Soutenance de thèse de Neptune Prince

Neptune Prince soutiendra sa thèse préparée au sein du laboratoire EVS (composante INSA) et du Centre de Recherche et d’appui aux Politiques Urbaines (CRAPU) sous la direction de Chantal Berdier, Laënnec Hurbon et Anie Bras et intitulée  » Fabrication des bidonvilles dans les pays du Sud : jeux d’acteurs et modalité d’habiter. Le cas du quartier de Canaan (Port-au-Prince/Haïti) ».

Jury

  • BERDIER Chantal, Maître de conférences HDR, INSA de Lyon, Directrice de thèse
  • HURBON Laënnec, Professeur, Université Quisqueya, Directeur de thèse
  • BRAS Anie, Enseignante-chercheure, Université Quisqueya, Co-directrice de thèse 
  • BARON Catherine, Professeure, Institut Politiques de Toulouse, Rapporteure
  • PEDRAZZINI Yves, Maître d’enseignements, Ecole Polytechnique de Lausanne, Rapporteur
  • MAILLEFERT Muriel, Professeure, Université Jean Moulin Lyon 3, Examinatrice
  • MARTOUZET Denis, Professeur, Université de Tours, Examinateur
  • PARE Sylvie, Professeure, Université de Montréal, Examinatrice

Résumé

En 2018, on estimait à 300 000 le nombre de bidonvilles existant dans le monde et à 42% la population qui y vivait. 80 % de l’effectif se trouvaient dans les pays du Sud. Situés dans des espaces délaissés proches des villes, les bidonvilles suscitent des interrogations tant comme fait urbain incontournable que comme des territoires à risques naturels et anthropiques. En Haïti comme dans les pays du Sud, l’augmentation de la population urbaine se traduit surtout par la croissance des bidonvilles : 17 en 1950 et environ 400 en 2020. Les travaux sur les bidonvilles sont très nombreux et investiguent surtout les questions de l’habitat, l’occupation foncière, la précarité, l’habitant. Mais peu de travaux et d’approches les mobilisent pour aborder la fabrication progressive des bidonvilles. Cette thèse interroge les modalités d’appropriation foncière, d’auto-fabrication et les modes d’habiter ainsi que le jeu d’acteurs dans l’évolution des bidonvilles par le biais des « tactiques habitantes*». Les observations, les collectes de données réalisées sur le quartier de Canaan, notre terrain d’étude, ainsi que l’analyse du processus de bidonvilisation de la RMP** ont permis de mettre en évidence des modalités de ce que nous appelons « faire ville et/ou quartier a posteriori ». En effet, si les populations de ces territoires s’installent, auto-construisent leurs habitats ; on constate qu’au bout d’un temps relativement long, il y a une forme de « normalisation », voire de reconnaissance a postériori de ces quartiers par les pouvoirs publics. C’est le cas du quartier de « Saint-Martin », créé en 1925 et devenu la ville de « Delmas » en 1982. A contrario, les villes planifiées sont conçues à partir de la maitrise foncière, de l’aménagement de l’espace suivi par la viabilisation, des programmes de construction avant que les pouvoirs publics envisagent enfin d’installer la population. A l’inverse de ce processus, la création des « villes a posteriori » se fait à partir de l’établissement spontané des populations sur des terrains souvent déclassés, de l’auto-organisation, de l’auto-construction d’habitat provisoire se consolidant graduellement au fur et à mesure des rentrées d’argent, etc. Les petits commerces de proximité et le déploiement des réseaux techniques urbains se développent progressivement avant que les pouvoirs publics interviennent pour formaliser « a posteriori » cette situation urbaine de fait. In fine, nous défendons la thèse de l’existence d’une inversion de modalité de « faire la ville » que nous désignons par « l’urbanisme inversé » qui correspond à ce que nous avons observé tant en Haïti qu’au Brésil et au Pérou. En effet, certains bidonvilles deviennent au bout de 30 ans à 40 ans soit des territoires intégrés à la politique de la ville au même titre que les villes planifiées ou des quartiers ou des « villes a posteriori ».

*Cette expression est empruntée à De Certeau

** Région métropolitaine de Port-au-Prince

Mots clés

Bidonville, pays du Sud, jeux d’acteurs, modalité d’habiter, habitant-fabricant, Haïti, Canaan

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English title

Fabrication of slum in southern countries: actor games and ways of living. The case of the Canaan district (Port-au-Prince/Haïti)

Abstract

42% of the urban population were found living in 300,000 slums counted throughout the world in 2018. 80% of these shanty towns are situated in the global South. Slums are located in abandoned spaces close to cities as such they raise questions both as an unavoidable urban fact and as areas with natural and man-made risks. In Haiti, a country of the South, the increase in the urban population is reflected above all in the growth of slums, with 17 counted in 1950 and around 400 in 2020. Notions of housing, land tenure, precariousness, and inhabitants are very recurrent in the work on the slums. However, few studies use them to tackle the progressive construction of slums. This thesis questions the modalities of land appropriation, self-construction and ways of living as well as the actions of the citizens implicated in the development of neighborhoods through « inhabitant tactics ». The observations, the data collections carried out on the slum of Canaan, our field of study as well as the analysis of the slum development process of the RMP*** made it possible to highlight the modalities of what we call « making a city and/or a district a posteriori”. Indeed, if the slums are self-building, we see that after a relatively long time, there is a form of « normalization », even a posteriori recognition of these slums by the public authorities. This is the case of the district of « Saint-Martin », created in 1925 and became the city of « Delmas » in 1982. On the contrary, planned cities are made from planning, land control, development of the space followed by servicing, construction programs before the public authorities finally consider settling the population. Inversely to this process, the creation of « a posteriori cities » is done from the spontaneous establishment of populations on often declassified land, the auto-organization, the auto-construction of temporary housing gradually consolidating itself through cash flow, etc. Small local shops and the deployment of urban technical networks are progressively developing before the public authorities intervene to formalize this de facto urban situation « a posteriori ». Finally, we defend the thesis of the existence of an inversion of modality of « making the city » which we designate by « inverted urbanism » corresponding to what we have observed in Haiti as well as in Latin American countries, like Brazil and Peru. Indeed, slums in the latter countries become within 30 to 40 years either neighborhoods or “a posteriori cities” or even territories integrated into city policy in the same way as planned cities

*** Metropolitan Region of Port-au-Prince

Keywords

Slums, Southern countries, Actors, Way of living, Inhabitants, Land, Haiti, Canaan

Plus d’informations sur la soutenance/contact : neptune.uniqcrapu@gmail.com