Atelier 2 : Flux et circulations

Matières, énergie, déchets et territoires

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Coordination : Romain GARCIER (ENS Lyon), Natacha GONDRAN (EMSE), Emmanuel MARTINAIS (ENTPE) et Laurence ROCHER (Lyon 2)

Liste des membres de l'atelier

Le blog de l'atelier

Dans la continuité des travaux menés depuis deux ans dans le cadre du séminaire ACREOR, la circulation des matières représente un nouveau thème d'étude transversal, dont une originalité majeure est sa capacité à fédérer des approches pluridisciplinaires Sciences de l’Homme et de la Société / sciences de l’ingénieur / sciences de l’environnement, ainsi qu’à articuler des approches analytiques, critiques et appliquées.

À la suite de travaux qui interrogent de manière critique la notion de métabolisme urbain (SWYNGEDOUW) ou qui proposent de prendre en considération les propriétés matérielles de l'énergie et d'en suivre les flux (MITCHELL), nos recherches s'efforcent de prendre au sérieux la question de la matérialité des objets et des matières, notamment dans leur dimension circulatoire c’est-à-dire très directement dans leur relation à l’espace et au territoire :

  • Comment, dans le monde contemporain, face aux impératifs du développement durable, les choses, les matières circulent-elles ou devraient-elles circuler ?
  • Comment comprendre, décrire, modéliser et analyser les processus de circulation des choses dans l’espace et dans le temps ?
  • Qu’elle est l’importance et la signification environnementale, éthique, économique, sociale des circulations ?

Dans cet atelier, il s’agit d’analyser et de proposer des interventions sur des systèmes / agencements complexes combinant des phénomènes physiques, des dispositifs technologiques, des collectifs d'acteurs humains et non-humains, des modes de régulation (juridique, sociale).

Les chercheurs associés à cet atelier souhaitent aborder la caractérisation des processus et des formes de la circulation telles que les circuits courts (pour les produits agricoles et alimentaires, les produits manufacturés, les matériaux de construction, les déchets), la consommation, le recyclage, la mutualisation, la question du stockage ou de l’évacuation des matières, et leurs modalités : circulation planifiée, contrôlée ou spontanée, non maîtrisée (pollution, matières illicites).

D’autres aspects intéressent l’atelier : toute circulation de matière a un coût (qui implique, de manière complémentaire, une circulation d’argent selon une répartition qui détermine des hiérarchies sociales et politiques), les circulations ne vont souvent pas sans conflit ou controverses, et les circulations changent selon leurs caractéristiques matérielles (volume, type de matière, etc.), l’endroit où elles se produisent, l’échelle à laquelle elles se déploient, et les acteurs de leur mise en œuvre. Par exemple, les déchets ne sont pas catégorisés ni gérés de la même manière ou par les mêmes personnes dans l’Union européenne (qui connaît une inflation de normes et une structuration forte des marchés par de grands acteurs privés) et dans les villes du sud, où la frontière entre déchets et ressources est plus floue et nourrit une certaine informalité.

Du reste, ces perspectives sont déjà présentes dans de nombreux projets menés dans l’unité sur des objets variés :

  • la transition et l’efficacité énergétiques à l’échelle du bâtiment, de la ville ou du territoire
  • le changement climatique et les nouvelles formes de politiques urbaines
  • la gestion des déchets de démolition du bâti urbain et des grandes infrastructures techniques
  • la collecte, l’élimination ou le recyclage des déchets ménagers, industriels ou radioactifs
  • la dépollution des sols in situ via le cycle du vivant ou par excavation
  • la circulation souterraine des polluants, la logistique urbaine
  • les matériaux « premiers » pour la construction
  • l’évaluation environnementale et économique des scénarios de circulation collaborative ou mutualisée (des produits agricoles par exemple)
  • etc.

Pour le futur, l’atelier se propose de fonctionner selon trois principes forts :

  1. D’abord, afin de faire circuler en son sein les savoirs et de confronter les approches, l’atelier se propose d’organiser une à deux journées d’études par an permettant une mutualisation des questionnements et l’analyse critique de concepts. Quatre thématiques générales ont déjà été identifiées : « Analyser et modéliser la transition et l’efficacité énergétiques : technique, société, territoire », « Le métabolisme des territoires et la circulation des matières : économie circulaire, flux et logistique », « Quelle place pour les héritages et les temporalités dans la compréhension des circulations ? », « Donnée et analyse de données de flux et de circulations : collecte, analyse, conservation, destruction ». Nous reconduirons l’expérience réussie de tenir un « carnet de recherche » consacré à nos travaux collectifs.
  2. l’atelier souhaite œuvrer en étroite collaboration avec des sites-ateliers existants ou en voie de constitution :
    • GIS Pilot (site Industriel Loire d’ARCELOR, site PV de la plaine de la Loire)
    • Zone Atelier Mines d’Uranium
    • Zone Atelier Bassin du Rhône
    • OHM Rhône.
      Mais ces sites privilégiés ne seront pas exclusifs. Dans la lignée des travaux conduits durant l’actuel contrat, certaines recherches porteront sur d’autres terrains français ou étrangers. Les recherches portant sur les pays du Sud, loin de constituer une catégorie à part, auront notamment vocation à réinterroger de manière critique le caractère sélectif des circulations (inégalités d’accès aux circulations et donc aux matières), les présupposés sociaux des politiques publiques dans le cadre du développement durable, la variété des modes de gouvernance favorisant la circulation des matières. La notion d’informel a par exemple un fort potentiel heuristique pour questionner la diversité des publics mobilisés dans les politiques d’approvisionnement urbain, de gestion des déchets, et les rôles qui leur sont assignés.
  3. Enfin, l’atelier se propose de travailler en interaction avec les ateliers 4 et 7. Les circulations, mais aussi plus fondamentalement la collaboration SHS/SPI/sciences de l’environnement posent en effet des questions épistémologiques redoutables (atelier 7). Quant à l’atelier 4, le bassin du Rhône est en effet un espace et un objet extraordinaire pour l’analyse des circulations matérielles. Structuré par le premier fleuve nucléaire mondial, voyant circuler des quantités colossales de matières diverses (eau, sédiment, radionucléides, polluants, déchets, etc.), le bassin rhodanien est aussi concerné par le renouvellement des concessions d’exploitation des barrages, question d’économie politique d’autant plus sensible que la continuité hydro-sédimentaire imposée par les normes européennes pose la question de la « libération » des sédiments (très pollués) des barrages.