modification du programme de la séance du 4 décembre :PENSER LA VILLE DE DEMAIN EN CONTEXTE ANTHROPOCENIQUE

Mercredi 4 décembre 2019 (14-17h), salle F003, INSPE, 5 rue Anselme, 69004 Lyon
Séminaire Atelier 6

Séance organisée par Dominique Chevalier (MCF-HDR Université Lyon INSPE / UMR EVS). L’INSPE accueille le séminaire EVS en ses murs. Les personnels Éducation nationale sont attendus pour cette séance de séminaire ouverte à un large public.

Hôtel de Ville en construction. Montpellier. 23 mai 2009.
Cliché : Dominique Chevalier

 

      La révolution urbaine constitue une mutation majeure de l’histoire des sociétés humaines. Le XXème siècle a vu le nombre d’urbains mondiaux passer de 250 millions à 3,5 milliards, et selon l’ONU trois quarts de l’humanité résideront dans des villes à l’horizon 2050. Ces villes de demain seront très vraisemblablement radicalement différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui. Raréfaction des ressources, réchauffement climatique, explosion démographique, concentration urbaine, augmentation du nombre de métropoles, transformation des grands équilibres économiques mondiaux, pauvreté, exclusion, pollution, insécurité… l’étendue des défis liés au phénomène urbain se manifeste avec intensité.
       Comment aujourd’hui se projeter dans la ville de demain ?

Cinq intervenant·es répondront à cette question :

• Florian Pons, « Réfléchir à une démarche participative pour faire envisager la ville durable de demain : un exemple de géographie prospective au collège ».
• Jérôme Goffette, « Les multiples visages de la ville dans la science-fiction ».
• Sina Safadi et Philippe Federici, « La carte un outil pour dialoguer et se disputer sur l’avenir de territoire ? »
• Sophie Buhnik, « Le problème de la continuité résidentielle dans les villes japonaises ultra-vieillissantes. De la quête du sol au souci d’y échapper ».

Présentation des interventions :

Florian Pons, Réfléchir à une démarche participative pour faire envisager la ville durable de demain : un exemple de géographie prospective au collège.

Florian Pons est Doctorant à l’Université Lyon2 et membre du laboratoire EVS

         Enseignant en collège REP, mes élèves de 6e ont été incités à imaginer, penser, réfléchir à « La ville de demain » à travers une démarche prospective. L’analyse du projet, descriptive et réflexive, permet de dégager des réussites et des manques sur les trois temps du projet : un état des lieux, l’élaboration de scénarios et la mise en débat. Le but du projet était d’ouvrir la classe sur le monde réel en connectant l’établissement au quartier, grâce notamment au lien tissé avec la mairie d’arrondissement et des partenaires extérieurs tout en développant la réflexion et la prise de décision collective. Les spécificités des difficultés d’un grand nombre d’élèves en REP interrogent la notion « d’élève acteur de son travail » qui requiert des prérequis au collège, parfois non maîtrisés. Cela permet aussi de réfléchir au rapport au savoir et la possibilité d’être crédible en tant qu’acteur sur son territoire dès le plus jeune âge.

Jérôme Goffette, Les multiples visages de la ville dans la science-fiction

Jérôme Goffette est Maître de Conférences en philosophie à l’Université Lyon 1, et membre du laboratoire EVS.

      Mes travaux de recherche m’ont conduit à étudier l’imaginaire du corps dans la science-fiction. Je propose de présenter ici toute une palette de visions des mondes urbains dans la science-fiction – de la ville-vestige à la ville-planète en passant par la ville-animale – puis de tenter une réflexion prolongeant La Poétique de l’espace de Gaston Bachelard et d’autres réflexions issues des sciences humaines et de la philosophie.

Sina Safadi et Philippe Federici, La carte un outil pour dialoguer et se disputer sur l’avenir de territoire ?

Sina Safadi est Coordinateur du projet « prospective et citoyennetés » ENS de Lyon-IFE, Doctorant EHESS, IIAC-LACI.
Philippe Federici est Ingénieur de recherche à DUNES

    La production de l’espace est le fait d’une multitude d’acteurs suscitant une pluralité de transactions sociales. Accompagner une réflexion sur la ville de demain, à l’heure où le climat fait une entrée fracassante en devenant un acteur majeur de notre compréhension du monde, contribue à (re)définir cet enjeu. En effet, parvenir à un monde habitable demain n’est plus une (pré)occupation de certains acteurs décisionnaires, qui définissent eux-mêmes ce que signifie l’habitabilité, mais appartient également à une multitude d’acteurs et suscite une multitude de (ré)inventions des manières d’habiter ce monde. Celles-ci sont très concrètes, à travers de petits gestes, ou très théoriques, à travers des réflexions sur notre manière d’être au monde. C’est dans ces nouveaux espaces de fabrication et de compréhension du monde, espace de dialogues et de conflictualités, qu’il devient possible de réinvestir des questions de partages et de transmissions de connaissances, de savoirs et de compétences. Comment l’institution scolaire, en tant que lieu de production et de transmission de savoirs, peut-elle contribuer, et prendre sa part, dans la fabrication du monde de demain ?
     Sans prétendre répondre à cette question, l’exemple des usages et des mésusages d’un objet-frontière, une carte numérique, Mon territoire en 3D, fabriqué dans le cadre d’une recherche collaborative propose quelques éléments de réflexion à partir de données empiriques récoltées lors d’expérimentations conduites en classe.

Sophie Buhnik, Le problème de la continuité résidentielle dans les villes japonaises ultra-vieillissantes. De la quête du sol au souci d’y échapper.

Sophie Buhnik est chercheuse à l’Institut français de recherche sur le Japon à la Maison franco-japonaise (UMIFRE 19, MEAE-CNRS)

        Depuis les années 2000, la part des plus de 65, 75 et même 85 ans dans la population totale de la plupart des villes japonaises, a dépassé le seuil de 21%, qui définit “l’ultra-vieillissement” démographique selon de nombreuses nomenclatures statistiques. En raison de son articulation à un taux de natalité et à des soldes migratoires faibles voire négatifs, ce phénomène ne soulève pas seulement de – coûteux – besoins d’adaptation des infrastructures de proximité aux collectivités locales concernées. Il entraîne aussi un problème de continuité résidentielle : nous entendons par là le remplacement de la génération des Baby-boomers, qui a accédé à la propriété d’un logement durant des périodes de forte croissance économique et urbaine, par des générations aux parcours de vie plus instables et moins tournées vers la primo-accession pavillonnaire.
    Notre présentation propose de mieux expliquer la répartition à la fois très diffuse mais géographiquement inégale de la vacance résidentielle au Japon. Cela nécessite de rappeler le contexte institutionnel et juridique ainsi que les évolutions socio-économiques et politiques qui ont participé à une dévalorisation durable des prix fonciers et immobiliers, dans les périphéries des grandes agglomérations japonaises en particulier. Cette dévalorisation est telle qu’elle a suscité un ensemble de débats autour du “négabilier” (fudôsan) ou immobilier qui fait perdre de l’argent aux héritiers et aux collectivités au lieu d’être rentabilisable. Nous verrons comment le législateur japonais notamment, tente d’aider les collectivités à gérer les non-reprises de biens vacants dans le cadre de stratégies de revitalisation.