APPEL A COMMUNICATIONS: COLLOQUE « PATRIMOINES ET TERRITOIRES » (7-9 NOVEMBRE 2019, IUT DE ROANNE)

Le Centre Interdisciplinaire d’Études et de Recherches sur l’Expression Contemporaine (EA 3068) et
l’UMR Environnement Ville Société – ISTHME de l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne organisent, en
collaboration avec l’IUT de Roanne et le Réseau de musées en Roannais, un colloque international
interdisciplinaire « Patrimoines et territoires » à Roanne les 7 et 8 novembre 2019. Cette manifestation
scientifique s’inscrit dans le cadre du projet « Patrimoines et territoires : mémoire du travail en Roannais »
qui bénéficie du soutien financier de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Auvergne —
Rhône-Alpes, de la Région Auvergne — Rhône-Alpes et de l’Université Jean Monnet.

© Musée Joseph Déchelette – Ville de Roanne – Fonds Lucas, cliché R. Lucas, entreprise Cotolin

THÈME

Dans le contexte actuel de crise systémique et de transition globale, la question de la territorialisation
des patrimoines devient centrale, aussi bien dans les mondes de la culture et de l’économie que chez les
élus et les chercheurs. Certes, en 2016, le poids économique direct de la culture, c’est-à-dire la valeur
ajoutée de toutes les branches culturelles, n’atteint que 2,2% de l’ensemble de l’économie française, soit
44,5 milliards d’euros, et la seule branche patrimoine à peine 0,2%1. Cependant, les collectivités locales
consacrent près de 40 % de leurs dépenses culturelles totales (143 € par habitant, en 2014) à la
conservation et diffusion patrimoniale2. Cela ne va pas sans raison. Les musées, vénérables temples de la
culture et de la science, qui constituent aujourd’hui une composante de l’offre culturelle et ludo-éducative,
sont invités de plus en plus à jouer un rôle significatif tant au niveau des entreprises que dans le cadre
méso-économique du développement territorial. Les partenariats, rencontres parfois improbables entre
acteurs issus de mondes différents, rendent possibles des «fertilisations croisées» et facilitent
l’innovation.

Mais de quoi parle-t-on au juste quand on évoque le patrimoine ? Fondamentalement, qu’il soit désigné par les institutions de pouvoir ou approprié par les citoyens, le patrimoine est un construit social. Il n’est pas une donnée naturelle « en soi » mais le résultat d’un processus social de patrimonialisation, par lequel une collectivité humaine décide d’ériger telle ou telle « chose » au rang de patrimoine, c’est-à-dire de la sacraliser, de lui conférer une valeur symbolique en l’inscrivant dans la temporalité: les éléments patrimoniaux constituent un lien concret entre passé et présent. Ils représentent une « ressource » pour les acteurs d’aujourd’hui : ressource culturelle, scientifique, symbolique, communicationnelle, managériale… mais aussi citoyenne et sociale. Gérer le patrimoine, c’est donc organiser la continuité historique, sans laquelle une société ne peut construire son avenir. Force est de distinguer deux grands enjeux de la patrimonialisation : des opérations à caractère identitaire, où le patrimoine est utilisé comme outil de légitimation, coexistent avec des opérations à finalité économique, qui relient patrimoine et marché.

Nous proposons de questionner les liens qui s’établissent entre patrimoines et territoires : en quoi le patrimoine est-il un moyen de valorisation et de définition du territoire comme espace approprié, utilisé et délimité ? Si le processus de patrimonialisation peut concourir à valoriser son objet, voire lui donner une dimension symbolique, il peut également en faire un levier constructif et une ressource pour le territoire. Le patrimoine n’est pas uniquement un legs du passé. Il peut devenir moteur pour l’avenir et fournir matière à penser l’évolution. Plus globalement, l’étude de processus de patrimonialisation mais aussi de certains objets patrimoniaux, peut contribuer à l’approche des identités territoriales.

1. Mémoire et transmission dans les territoires

La patrimonialisation permet à un objet de quitter sa fonction initiale pour être transmis, transcodé et
acquérir ainsi une nouvelle fonction sociale. Il intègre pour cela le passé dans le présent et nous met en
rapport avec une autre culture et/ou une autre époque. Partant du constat qu’il est essentiel de connaître
le passé pour mieux inventer le présent et le futur, il s’agit de questionner la mémoire et la transmission à
travers la démarche de conservation matérielle d’objets par les musées mais aussi à travers la sauvegarde
du patrimoine immatériel, lorsqu’il s’agit par exemple de préserver un savoir-faire spécifique. Dans les
territoires en reconversion, par exemple, on peut se demander ce qu’il faut sauvegarder de la mémoire du
travail en train de disparaître, dans quel objectif et de quelles manières. La transmission directe,
l’enregistrement de témoignages et la préservation d’objets apparaissent comme autant de possibilités.
Dans certains cas, le numérique apparaît comme un outil essentiel pour la préservation, la valorisation et la
diffusion des objets patrimoniaux : site web, films, utilisation de tablettes pour la médiation, numérisation
de fonds… Les communications proposées pourront aborder, d’une façon générale, les questions liées aux
modes et outils de transmission dans les territoires ou s’attacher à l’analyse de cas précis.

2. Patrimoine ressource

Grâce au travail de mémoire et de communication, le patrimoine fournit matière à problématiser la transformation. Le patrimoine relève alors d’une dimension pragmatique ; il n’est plus seulement considéré comme collection d’objets mais tend à être utilisé par les acteurs sociaux comme ressource : il procède de la reconnaissance d’objets du passé auxquels on réaffecte un rôle concret dans le présent, produisant ainsi des objets patrimoniaux qu’on pourrait qualifier de « consommables »5. Plusieurs types de ressources patrimoniales peuvent être identifiés : culturelles et scientifiques, identitaires et symboliques, techniques, managériales (puisqu’elles permettent à un territoire de développer ses activités), mais aussi citoyennes et sociales. Si le processus de patrimonialisation concourt à donner une dimension symbolique à une « chose », il peut également en faire un levier constructif. Il ne s’agit donc pas seulement de découvrir des objets-patrimoine comme « trouvaille » mais aussi d’instaurer une démarche permettant d’en tirer parti.

Dans de nombreux territoires, des partenariats se créent entre collectivités locales, entreprises,
structures d’enseignement et de recherche, associations, élus et institutions culturelles. Au-delà d’enjeux
d’ordres culturel et scientifique, nombreuses démarches de patrimonialisation engendrent des
« retombées » sociales et économiques, ou plus largement des interactions avec le territoire, notamment
en matière de création d’emploi, de tourisme, de développement économique de proximité, d’insertion et
de cohésion sociale ou d’identité…même si l’évaluation des effets (directs, indirects et induits) pose
souvent problème. À travers ces coopérations, un rapport s’établit entre démarches socio-économiques et
patrimoniales. La présentation et l’analyse de certains exemples de coopération montrent en quoi ces
échanges entre différents acteurs peuvent être riches et moteurs pour le territoire, qui devient alors un lieu
de création/innovation valorisé conjointement par le patrimoine et l’activité économique et sociale

3. Archives patrimoniales

Le présent appel à communications s’adresse aux chercheurs de toutes disciplines ainsi qu’aux
professionnels, bénévoles et élus de tous secteurs. Les communications proposées peuvent être générales
et conceptuelles, ou s’attacher à l’analyse d’actions concrètes liant patrimoine et territoire. Elles peuvent
concerner toutes les formes de patrimoine (artistique, ethnologique, scientifique, technique, naturel,
architectural, mobilier, immatériel, industriel, hospitalier, etc.) et la notion de territoire n’est pas
géographiquement limitée. Globalement, tous les types de rapports entre patrimoine et territoire peuvent
être abordés. À titre indicatif, trois axes de recherche seront privilégiés.

COMMUNICATIONS ATTENDUES

Nous proposons de questionner également le territoire comme espace représenté. L’apport du visible
peut contribuer à l’approche des identités territoriales. Certains objets patrimoniaux (peintures,
photographies, cinéma…) permettent d’ausculter les territoires et d’en appréhender les évolutions. La
numérisation de fonds iconographiques, réalisée dans une optique de conservation préventive par les
institutions muséales et culturelles, sert aussi ces recherches sur les identités territoriales. Certains fonds
d’archives de photographes professionnels documentent par exemples des territoires à travers leur activité
économique (notamment commerciale et industrielle). Ce type de représentations permet d’appréhender
les modalités d’aménagement et d’occupation des territoires, tout comme la nature des activités
professionnelles qui façonnent leurs évolutions. La présentation d’archives visuelles et patrimoniales
permettra d’examiner certains territoires et de confronter les regards portés sur ces territoires en fonction
des époques.

MODALITÉS DE SOUMISSION

Les propositions de communication sont à envoyer par courriel avant le jeudi 9 mai 2019 à anne.celine.callens@univ-st-etienne.fr et jacques.poisat@univ-st-etienne.fr . Elles devront comprendre :
– un titre et un résumé de 3000 signes maximum
– une courte bio-bibliographie de l’auteur (5 lignes environ)

Les propositions de communication sélectionnées par le comité scientifique seront réparties sur l’une ou l’autre des deux journées (7 et 8 novembre). Merci d’indiquer une éventuelle incompatibilité de date. La notification des réponses sera adressée avant le 30 juin 2019.

L’appel à communication en format PDF.

ORGANISATEURS

Anne-Céline CALLENS, Maître de conférences en sciences de l’art, CIEREC, Université Jean Monnet,
Saint-Étienne

Jacques POISAT, Maître de conférences en sciences économiques, EVS-ISTHME (UMR 5600), Université
Jean Monnet, Saint-Étienne, vice-président du Réseau de musées en Roannais

Tel : 04 77 44 89 10

COMITÉ SCIENTIFIQUE

Jordi BALLESTA, Docteur en géographie, CIEREC,
Université Jean Monnet, Saint-Étienne

Anne-Céline CALLENS, Maître de conférences en
sciences de l’art, CIEREC, Université Jean Monnet,
Saint-Étienne

Michèle CHAMPREMIER, Présidente du Réseau
de musées en Roannais

Mylène COSTES, Maître de conférences en
sciences de l’information et de la communication,
DDAME, LERASS, Université Toulouse Jean Jaurès

Catherine CUENCA, Conservateur général du
patrimoine, directrice-adjointe du musée des Arts
et Métiers, responsable de la mission nationale
PATSTEC

Jean DAVALLON, Professeur émérite en sciences
de l’information et de la communication, Centre
Norbert Elias (UMR 8562), Université d’Avignon
et des pays de Vaucluse

Raphaël DEBRUYN, Directeur, Musée de l’Hôpital
Notre-Dame à la Rose, Lessines, Belgique

Michel DEPEYRE, Maître de conférences en
histoire, EVS-ISTHME, Université Jean Monnet,
Saint-Étienne

Florence HACHEZ-LEROY, Maître de conférences
HDR en histoire contemporaine, Centre de
Recherches Historiques (UMR 8558), Université
d’Artois

Danièle MÉAUX, Professeur d’esthétique et
sciences de l’art, CIEREC, Université Jean Monnet,
Saint-Étienne

Nicolas NAVARRO, Maître de conférences en
sciences de l’information et de la communication,
ELICO, Institut du patrimoine de l’UQAM,
Université Lumière Lyon 2

Nicolas PIERROT, Conservateur en chef du
patrimoine, chercheur au service Patrimoines et
Inventaire de la Région Île-de-France, en charge
du patrimoine industriel

Jacques POISAT, Maître de conférences en
sciences économiques, EVS-ISTHME, Université
Jean Monnet, Saint-Étienne

Michel RAUTENBERG, Professeur de sociologie,
Centre Max Weber, Université Jean Monnet,
Saint-Étienne

Denis ROBITAILLE, Directeur général, La Fiducie
du patrimoine culturel des Augustines de Québec